Samarcande

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C'est après seulement 2 heures à bord du TGV Ouzbek que nous arrivons à Samarcande – 200 km/h, vitesse énorme comparé à ce à quoi nous étions habitués ces derniers mois ! En plus pour un billet à 12 euros par personne, on a le droit à un petit déjeuner servi à notre place.

Samarcande était une des principales étapes sur la Route de la soie entre le Moyen-Orient et la Chine. Elle a connu son apogée au XIVe siècle lorsqu'elle fut la capitale de l'empire éphémère de Tamerlan qui s'étendait de la Syrie au Nord de l'Inde. Tamerlan n'est pas très connu chez nous, mais ici c'est un peu le héro national. Il y a des statues à son effigie dans toutes grandes villes du pays. C'était un grand conquérant mais il est loin de siéger aux côtés de Mandela ou Gandhi au Panthéon des bienfaiteurs de l'humanité. Sa technique consistait à terroriser ses adversaires en détruisant les villes conquises et en tuant tous leurs habitants (femmes et enfants compris), de telle sorte que les adversaires suivants se rendent sans même combattre (une certaine forme de non-violence finalement!).

Samarcande possède plusieurs mosquées, medressas et mausolées vraiment splendides avec des dômes et des façades recouverts de céramiques turquoise. Le site le plus impressionnant de Samarcande est le Registan, une place carrée entourée de grandes medressas à dômes bleus sur 3 des 4 côtés. Ca en jette pas mal ! Ce serait un peu comme une place en Europe avec 3 cathédrales. Le seul truc un peu dommage c'est que les sites historiques ne sont pas vraiment intégrés dans la ville. Les monuments trônent au milieu de belles pelouses et sont entourés de barrières avec accès payant. Ce ne sont donc plus des lieux de vie comme à l'époque mais uniquement des attractions touristiques.

Hormis ces sites, la ville n'est pas désagréable mais n'a rien d'exceptionnel. Un premier centre ville (ancien/russe) est assez sympa avec quasiment pas de bâtiments moches type soviétique mais surtout des bâtiments de style européen du 19e siècle. Le second centre ville (récent/post soviétique) ressemble un peu à une station balnéaire hyper proprette et donc paraît un peu faux ici. Quant à la vieille ville, il s'agit de quartiers d'habitations avec de petites maisons en briques et toits en tôle, en forme de U autour d'une cour. Dans ces quartiers les routes ne sont pas goudronnées et il y a partout des conduits de gaz qui enjambent les rues. Sans faire miséreux pour autant, ça contraste pas mal avec le centre récent. Sûrement pour éviter que ce contraste ne soit trop visible, les autorités ont eu la bonne idée d'entourer les quartiers de la vieille ville de murs de 2m de haut avec seulement quelques entrées façon ghettos.

Dans un registre moins culturel, nous avons également visité une fabrique de vin et de cognac. Les vins sont hyper sucrés et forts en alcool. Certains ressemblent un peu à du Porto au niveau du goût. Le sommelier nous explique que les Ouzbeks sont de gros consommateurs de vin notamment pendant les mariages qui peuvent réunir jusqu'à 1000 personnes. Les Ouzbeks - qui sont majoritairement musulmans - ne semblent pas très à cheval sur les principes religieux, ils mangent même de la viande de porc (sauf pendant le Ramadan !).

 

Boukhara

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Nous rejoignons ensuite Boukhara, une autre étape mythique de la Route de la soie. La ville a été le cœur religieux et culturel de l'Asie Centrale du IXe au XIXe siècle. Elle comptait 120 medressas, des écoles religieuses dans lesquels étaient enseignés l'arabe et le Coran mais également les sciences et la philosophie. Avicenne, l'un des plus grand philosophe et scientifique du monde musulman y a notamment étudié et enseigné. La ville a commencé à décliner aux XVIIe siècle en même temps que la Route de la soie (remplacée par le trafic maritime) pour n'être plus que la capitale d'un émirat reculé et sous-développé au XIXe siècle.

Ce qui caractérise la ville, c'est la quantité de bâtiments historiques et le fait que le centre-ville ne porte quasiment aucune trace de l'occupation russe. A tous les coins ce rue on tombe sur une medressa ou une mosquée et contrairement à Samarcande, ici ils se trouvent bien au cœur de la ville. En revanche beaucoup d'entre eux sont assez abîmés et mériteraient d'être restaurés. Souvent, il ne reste que des fragments des fresques en céramiques qui recouvraient les façades. La place centrale de la vieille ville est spécialement agréable avec un grand bassin entouré d'arbres et de terrasses où l'on peut boire des bières et manger des brochettes. Hormis ça le centre-ville manque un peu de vie et 80% des magasins sont des magasins pour touristes. En fait, comme c'est généralement le cas en Ouzbékistan, le gros de l'activité commerçante se concentre au bazar de la ville qui se trouve en marge du centre.

Nous visitons également les deux palais de l'émir (dont le dernier a été éjecté par les Soviétiques en 1920) et les anciennes prisons. Parmi les différente cellules, la pire de toutes était la « fosse aux insectes », une sorte de puits de 6 mètres de profondeur rempli d'insectes, de scorpions et de rats.

A Boukhara – mais aussi dans toutes les autres villes du pays - on croise un nombre impressionnant de voyageurs longue durée, partis pour des mois voire des années ! : un couple de Brésiliens venus en voiture depuis le Brésil, un Anglais venu en vélo depuis Londres, un Italien en moto...

 

Khiva

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Après plus d'une semaine en Ouzbékistan, la route entre Boukhara et Khiva nous permet de voir enfin le désert (« enfin » car les grandes villes le long de la Route de la soie sont en réalité situées dans de grandes oasis et entourées de champs, vergers, etc., ce qui donne finalement une impression de paysages assez verts.)

Khiva se trouve aussi sur la Route de la soie, mais elle n'en a jamais été une étape importante. La ville s'est surtout développée aux XVIIIe et XIXe siècles grâce au commerce d'esclaves. A l'époque, un des business des tribus nomades d'Asie Centrale était de capturer des gens qui traînaient dans le désert ou des colons russes dans le sud de Sibérie et de les vendre comme esclaves dans les grandes villes comme Khiva ou Boukhara.

La vieille ville est entourée de murailles d'une dizaine de mètres de haut et est entièrement piétonne. C'est un véritable musée à ciel ouvert où on trouve des dizaines de superbes bâtiments historiques côte-à-côte avec de belles céramiques bleues bien conservées. Un des monuments emblématique de la ville est une espèce de pile turquoise qui est la base d'un énorme minaret inachevé. D'après la légende, l'architecte se serait barré dans la nature avant la fin des travaux pour éviter de se faire tuer par l'émir. En Ouzbékistan, les émirs trouvaient toujours une bonne raison d'exécuter leurs architectes : refus d'une commande techniquement irréalisable, retard dans l’exécution des travaux, résultat inférieur aux attentes ou résultat trop bien (dans ce cas là, il fallait éviter que l'architecte puisse reproduire le bâtiment dans un émirat rival). Sinon ici aussi nous avons visité l'ancienne prison. La torture locale était d'enfermer le prisonnier avec des chats sauvages !

A partir de Khiva, nous nous rendons également à 80km au nord dans le désert pour voir des vestiges de villes antiques qui ont progressivement été abandonnées au Moyen-Age suite au déplacement du lit du fleuve Amu-Darya. Comme ces sites sont en-dehors des circuits touristiques classiques, on a un peu l'impression d'être les premiers à les découvrir et même si il ne reste que des remparts et des fondations de bâtiments, on arrive assez bien à s'imaginer qu'il y avait des villes à cet endroit. Le truc surprenant aussi dans le désert dans ce coin, c'est les grandes étendues blanches (comme de la neige) qu'il y a un peu partout et qui en fait sont du sel.

Après une dizaine de jour, nous laissons la Route de la soie derrière nous pour une destination un peu moins romantique : Nukus, ville perdue à l'ouest de l'Ouzbékistan et ancien point d'entrée vers la mer d'Aral.

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Basile