Mer d Aral - Epaves de bateaux dans le désert

Après les superbes sites ouzbeks, c'est parti pour la partie la moins fun du voyage : la longue traversée du désert pour rejoindre la Russie en passant par l'ouest du Kazakhstan. Point commun de tous les endroits traversés : être perdus au milieu de nulle part.

Derniers jours en Ouzbékistan


Tout le monde nous avait prévenu : « Vous verrez, à Nukus c'est moche et il n'y a rien à faire – sauf le musée ». On confirme : à Nukus il n'y a VRAIMENT rien à y faire (pas de sites touristiques, pas de commerces, pas de cafés, pas de parcs...) ...sauf effectivement LE musée ! (Musée I. Stavisky) Une perle ! Alors qu'il est dans une ville au fin fond du désert, à l'intérieur on trouve des centaines de superbes tableaux de peintres russes d'avant-garde et contemporains, impressionnistes, fauves, expressionnistes... La collection est impressionnante, mais il paraît que seulement environ 2000 tableaux et objets sont exposés alors que les réserves du musée en comptent plus de 80000 ! Cette incroyable collection est due au précédent conservateur du musée I. Savitsky, qui a passé sa vie à sauver ces tableaux (voués à la destruction car considérés à l'époque comme « non soviétiques ») en les rassemblant à Nukus, loin du monde. Le musée, qui est le plus grand d'Asie Centrale, est actuellement en pleins travaux d'agrandissement et commence apparemment à avoir une certaine renommée internationale (si si!).

Dans le reste de la ville, pas grand chose à voir donc, mais ça n'empêche pas les policiers de faire du zèle. Pour s'occuper un peu, l'un d'eux nous a donc pris en flagrant délit de photographie de monument public, ce qui est apparemment interdit. Il a tenu à contrôler toutes nos photos des derniers jours et nous en a fait supprimer plusieurs. J'ai fait semblant de supprimer l'objet du délit : voici donc en exclusivité la photo du siège de la République du Karakalpakstan à Nukus !! (lien vers album)

Pour finir notre séjour en Ouzbékistan, nous faisons une excursion express (420 km aller-retour tout de même!) vers ce qui reste de la Mer d'Aral et visitons Moynaq, ancienne petite ville de pêcheurs assez déprimante. L'ambiance maritime est restée : petites maisons basses aux portes bleues, images de pêcheurs et poissons à droite et à gauche, dunes de sable... Mais derrière les dunes, plus de mer : juste du sable à l'infini et des épaves de bateaux rouillées. La mer d'Aral, qui était la principale ressource de ce village jusque dans les années 1960, est maintenant presque entièrement asséchée (résultat de pompage exagéré par les Soviétiques pour irriguer les champs de coton dans le cadre de leur économie planifiée). Pour voir ce qu'il reste de la mer d'Aral, il faut désormais aller à environ 200 km de là !

La nuit la plus longue


Le 24 mai à 17h commence un long trajet en train à travers le désert, qui ne finira que 23 heures plus tard à Atyrau au Kazakhstan...


Notre train est un train longue distance qui va de Tachkent à Vologograd (environ 3000 km). Pour les gens qui font ce parcours en entier, c'est 3 jours de voyage à bord ! Du coup, l'ambiance est particulière ; les enfants courent dans les couloirs et jouent à cache-cache dans les compartiments, des femmes préparent leur repas en famille, il y a une bouilloire géante au bout de chaque wagon pour que les gens puissent se faire un thé à n'importe quel moment de la journée... Une autre spécificité de ces trains longues distances caractéristiques de l'ex-URSS, c'est qu'ils sont marqués par de très très nombreux arrêts allant de 10 minutes pour les petites villes à parfois plusieurs heures pour les grandes villes ! Avantage n°1 : ça permet aux gens qui passent 3 jours dedans de prendre l'air et se dégourdir un peu les jambes. Avantage n°2 : avec une telle marge, les trains russes ne partent jamais avec du retard ! ... Mais d'un autre côté, les trains sont super lents, et difficile de dormir avec des arrêts aussi fréquents ; et surtout – le pire des inconvénients ! - : lors des arrêts, les portes des toilettes sont fermées à clé !
Partant de là – et du fait du passage de frontière - notre nuit à bord est décidément une des plus pourries de notre voyage. Entre minuit et 5h, on voit passer successivement le contrôleur du train pour réveiller les passagers, un officier ouzbek pour les tampons de sortie, des officiers des douanes, re-le contrôleur pour récupérer les passeports, puis des Kazakhs pour vérifier les visas d'entrée... (2 heures d'arrêt à chaque fois !) Le train avance un peu au ralenti entre chaque étape, mais il est plus souvent à l'arrêt qu'en mouvement.

Heureusement pour le reste du voyage, les couchettes sont confortables, les gens de notre compartiment assez sympas et le wagon resto a un petit charme rétro avec ses petits rideaux et ses tables en formica. A travers les fenêtres, le paysage est beau mais assez monotone : désert, steppes, un ou deux villages paumés et quelques chameaux touffus.

Atyrau, ou comment dépenser son argent inutilement


Après le long trajet en train, nous arrivons finalement à Atyrau, à l'ouest du Kazakhstan. Atyrau, c'est un peu Nukus – il n'y a rien à y faire – mais en plus cher ! L'économie de la ville est entièrement basée sur le pétrole, et ça se voit ! La ville est grande, riche et moderne. Conséquence : impossible d'y trouver un hôtel dans notre budget... On se retrouve donc dans un hôtel apparemment « cheap » pour la ville, excentré et en bordure de route poussiéreuse, mais qui n'en reste pas moins un 4 étoiles kazakh à 80 euros la nuit !! On ne s'attendait pas à ça ici... Heureusement, ce n'est que pour une nuit !

Dernière ligne droite vers la Russie


Atyrau nous réserve une petite surprise supplémentaire : le 26 mai au matin, jour de notre bus pour la Russie, nous arrivons frais et dispos à la gare routière où nous avons acheté notre billet la veille. Et là, on apprend que le bus a été annulé (faute de comprendre le russe ou le kazakh, on déduit qu'il a été annulé faute de passagers, mais on n'en saura jamais rien). On se retrouve donc à faire le trajet en taxi partagé (comme partout ailleurs, les chauffeurs de taxi – vautours rôdent dans les gares routières pour récupérer les passagers victimes d'annulations surprises). C'est donc en compagnie de deux Russes tout sauf causants qu'on passe la frontière du Kazakhstan à la Russie.
Les paysages traversés sont presque caricaturaux. Côté kazakh, rien :une plaine infinie, couleur terreuse, parsemée d'une énorme quantité de poteaux électriques. On voit aussi beaucoup de sites d'extraction de pétrole et de nouveau beaucoup de chameaux touffus. Les villages sont tristounes : rues en terre boueuse, maisons bétonnées grises espacées, clôtures en tôles (rouillées évidemment), pas de commerces, pas de vie... (Pas de Borhat non plus.). A l'approche de la frontière russe, dans la zone du détroit de la Volga, tout devient plus vert et marécageux, il y a de nouveau des arbres, et on traverse même un joli village avec petites maisons en bois peintes de style russe.
Le passage de frontière se fait finalement sans problème dans un petit poste ressemblant à une roulotte.

Le soir, notre arrivée à Astrakhan, ville principale du détroit de la Volga, marque le début de la fin : c'est parti pour 3 semaines de Russie, dernière étape de notre voyage ! Le temps passe trop vite...

Emilie

Quelques photos de Nukus et de la mer d'Aral